Pour le 1er mai prochain, qui est traditionnellement la fête du travail, le président-candidat Nicolas Sarkozy a choisi de célébrer « le vrai travail ». Le syndicat CFDT juge « inquiétante » cette tentative des responsables politiques de s'auto-proclamer unique représentant des travailleurs. Quant à la CGT, elle a appelé à « battre » Nicolas Sarkozy ce mardi 24 avril à l'occasion de la diffusion de ses consignes de vote pour le deuxième tour.
Pour le premier tour déjà, la CGT (Confédération générale du travail) avait appelé à voter contre le président sortant. Une marque d'un désamour profond avec le chef de l'Etat. C'était en effet la première fois depuis 1995 et sa volonté d'autonomie par rapport au Parti communiste que le syndicat de Bernard Thibault donnait des consignes de vote explicites.
Pourtant, après son élection en 2007, Nicolas Sarkozy avait entamé un dialogue avec le principal syndicat français. Il souhaitait parvenir à réformer le marché du travail avec le moins de casse possible, quitte à faire des concessions aux bastions tenus par la CGT, notamment les cheminots. Il avait également fait voter une loi sur la représentativité syndicale favorisant les grandes centrales. A cette époque, le président louait « le sens des responsabilités » des syndicats français.
Mais fin 2010, la réforme des retraites imposées par le gouvernement met la CGT dans la rue et sonne la fin du dialogue. D'autant qu'à l'approche des élections, Nicolas Sarkozy s'en prend aux syndicats pour mieux s'adresser directement à la classe ouvrière. Et Bernard Thibault se repositionne clairement à gauche, notamment en rencontrant officiellement Jean-Luc Mélenchon.
Depuis, la guerre est déclarée. Nicolas Sarkozy dénonce les syndicats qui feraient de la politique au lieu de défendre les travailleurs, et la CGT mobilise contre le président-candidat. Ca sera encore le cas dans l'optique du second tour, puisqu'elle a appelé à le faire battre. Il est selon elle « nécessaire » d'élire un « nouveau président de la République » au nom du progrès social. Une façon plus que directe d'appeler à voter François Hollande.
Source rfi.fr
La CFDT a jugé lundi "inquiétante" la tentative de "responsables politiques" de "s'autoproclamer uniques représentants des travailleurs". Mardi matin, FO a dénoncé un "marketing politique".
La fête du "vrai travail" voulue par Nicolas Sarkozy n'est pas du goût des syndicats qui défilent habituellement le 1er mai. "On est en plein marketing politique du côté des deux candidats et des partis politiques", a déclaré le secrétaire général de Force Ouvrière (FO) Jean-Claude Mailly mardi sur France Info. "Le 1er mai, ce n'est pas la fête du travail, c'est Pétain qui a inventé ça, le 1er mai c'est une journée internationale de solidarité et de revendications en France et dans tous les pays du monde", a souligné le responsable de FO.
"On est dans la récupération politique: certains disent 'il faut aller derrière certaines organisations qui manifestent', les autres faisant leur propre rassemblement", a-t-il poursuivi. "Globalement, c'est un aveu de faiblesse des responsables politiques", a jugé Jean-Claude Mailly en les appelant à "rester sur les débats qu'attendent les citoyens".
"Plutôt que de faire du marketing politique ou du storytelling comme on dit maintenant, ils feraient bien de répondre aux vrais problèmes d'emploi, de pouvoir d'achat, de mondialisation", a avancé le responsable syndical. "Dans une démocratie, les syndicats ont un rôle différent des partis" et "taper sur les corps intermédiaires ou les organisations syndicales, c'est un problème démocratique", a-t-il affirmé.
Au cours de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a accusé les syndicats, et plus particulièrement la CGT de "confisquer la parole des Français". Son leader, Bernard Thibault, avait pris ouvertement position contre le candidat-président.
"La CGT dénonce la provocation du président de la République qui vise à détourner et à récupérer le 1er mai par l'annonce d'un rassemblement de ses partisans, à Paris, ce jour-là, sur le thème fallacieux du 'vrai travail'", a par ailleurs affirmée la commission exécutive de la CGT, dans un communiqué mardi midi. "Cette opération n'a d'autre objectif que de diviser les salariés et stigmatiser leurs organisations syndicales", ajoute la centrale. Elle "appelle, dans ce contexte, l'ensemble des salariés, retraités et privés d'emploi à relever le défi qui est lancé en participant massivement aux manifestations syndicales unitaires du 1er mai". Il s'agit, selon la CGT, de "conforter la place que les réponses aux revendications sociales doivent prendre dans les politiques à venir".
"Détourner l'objet" du 1er mai
Lundi déjà, la CFDT avait jugé, dans un communiqué, "inquiétante" la tentative de "responsables politiques" de "s'autoproclamer uniques représentants des travailleurs" et de vouloir "détourner l'objet" du 1er mai.
Pour la centrale de François Chérèque, "l'autonomie des syndicats et le sens du 1er mai sont un marqueur dans une société démocratique". "Partout où ce respect a été transgressé par les pouvoirs politiques, il y a eu atteinte à la démocratie", estime-t-elle.
De son côté, la CFDT "appelle plus que jamais à faire du 1er mai un événement syndical centré sur les préoccupations fortes des salariés". L'intersyndicale réunissant la CFDT, la CGT, l'Unsa, Solidaires et FSU a appelé à des mobilisations unitaires le 1er mai dans tout le pays pour "faire entendre les priorités sociales", notamment l'emploi. A Paris, le cortège syndical partira à 15h de la Place Denfert-Rochereau vers la Bastille. Jean-Claude Mailly a rappelé que Force ouvrière organiserait, comme c'est généralement le cas, ses propres rassemblements le 1er mai, sans se joindre aux autres syndicats.
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