Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 07:28

A Florange, les ArcelorMittal s’échauffent

ReportagePrès de 200 sidérurgistes ont envahi hier les locaux de la direction du site mosellan. Ils réclament le redémarrage d’au moins un des deux hauts-fourneaux.

Les ouvriers de Florange font leur entrée dans la campagne. «Au moins jusqu’au 6 mai. Après, ce ne sera pas fini, mais on risque de nous oublier», concède Edouard Martin, le charismatique leader de l’intersyndicale. En campagne contre Mittal, Sarkozy et le directeur de leur site, les ouvriers veulent frapper fort et jouer à fond la médiatisation.

Hier matin, près de 200 sidérurgistes ont envahi la salle de réunion du comité directeur. Sans résistance ni violence : «On veut montrer qu’on est responsables, qu’on ne veut pas dégrader notre outil de travail.» Averti depuis plusieurs jours par les syndicats, le directeur, Thierry Renaudin, a eu la bonne idée d’être absent. «Bienvenue chez nous, bienvenue chez vous !» tonnent les leaders syndicaux à l’adresse de leurs troupes, mais aussi des nombreux journalistes.

Tentes. L’intersyndicale (CFDT-FO-CGT-CGC) revendique sa ferme intention de rester tant que le groupe n’aura pas annoncé le redémarrage d’au moins un des deux hauts-fourneaux. Une occupation symbolique qui, pour l’instant, n’affecte pas la bonne marche du site. En début d’après-midi, devant les bureaux de la direction, se dresse «un village des indignés», quelques tentes prêtées par la mairie. «Tout ce qui est possible de faire, nous le faisons. On ressent une très grande inquiétude, une vraie colère. C’est la première fois depuis les conflits de la fin des années 70 que nous voyons une telle mobilisation», explique Philippe Tarillon, maire PS de Florange, qui a préféré ne pas venir «pour ne pas récupérer le mouvement».

La semaine dernière, la direction d’ArcelorMittal a annoncé qu’aucun des hauts-fourneaux - les deux derniers en Lorraine - ne redémarrerait au cours du deuxième trimestre. S’en est suivie une assemblée générale d’une rare ampleur. Au moins 800 personnes, des ouvriers, mais aussi des cadres et des ingénieurs. Une première. «En quarante ans d’ancienneté, je n’avais jamais vu ça, dit Walter Broccoli, responsable FO. La conscience des salariés s’est réveillée.»

Depuis, l’intersyndicale promet de multiplier les actions coup-de-poing. Pour tous, le scénario catastrophe, c’est la fermeture du site : un plan social, quelques reclassements à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) ou Dunkerque (Nord), beaucoup de préretraites - «un salarié sur deux a plus de 50 ans», rappelle Yves Fabbri (CGT) - et du chômage pour les autres, les intérimaires, les sous-traitants, ceux qui refuseront de bouger ou qui n’ont pas le bon âge…

«La vallée de la Fensch sans Mittal, c’est une vallée morte, insiste Jean-Claude Roeder, agent de maîtrise. Cela fait trois cents ans que nous vivons de la sidérurgie.» Si Mittal part, il y a fort à parier qu’il emmènera avec lui ses brevets et ses machines, empêchant toute possibilité de reprise de l’activité.

Rancœurs. Les plus pessimistes voient le site condamné, et si l’annonce n’a pas encore été faite, c’est parce que le chef de l’Etat brigue un second mandat. «Il est évident que Sarkozy a dit à Mittal : "tu attends que je sois réélu pour fermer l’usine"», croit savoir Walter Broccoli. Il est vrai que le Président n’a pas bonne presse chez les grévistes de Florange : «Sarko, Pinocchio», «Sarko, prédateur», «Sarko, elles sont où, tes promesses ?» Entre sa promesse - non tenue - de ne pas fermer l’aciérie de Gandrange et celle - vacillante - de pérenniser l’activité de Florange, le chef de l’Etat cristallise les rancœurs. Surtout, les sidérurgistes contestent le ralentissement économique mis en avant par la direction et dénoncent la «logique financière et non industrielle» de l’Indien. «Tous les mois, nous avons près de 200 000 tonnes de commandes, expose Edouard Martin, c’est suffisant pour faire tourner un haut-fourneau.» «Depuis que Mittal est aux manettes, il y a un sous-investissement systématique, il risque de faire comme à Gandrange : user les machines jusqu’à la corde avant de tout fermer», s’inquiète Roeder. «Mittal réduit sa production d’acier, perd volontairement des clients, mais il augmente ses prix et ses marges», assène Fabbri. Le sort de l’usine belge de Liège ne rassure pas Edouard Martin : «Pendant près de huit mois, la direction du site de Liège a affirmé que la fermeture des hauts fourneaux était provisoire.» Elle est devenue définitive en octobre…

En attendant d’en savoir plus, près de 80% des 3 000 salariés de Florange sont touchés par du chômage partiel. L’Etat a octroyé au premier trimestre quelque 190 000 heures de chômage partiel à 2 500 salariés de l’aciérie. Certains hauts-fournistes, comme Didier Briard, vingt-sept ans de maison, ne travaillent plus qu’une semaine sur deux depuis octobre. Dur à encaisser pour ces ex-«champions de l’acier» œuvrant pour BMW, Mercedes, Peugeot ou Jaguar… Laurent Schuler, 26 ans, embauché en 2007 comme opérateur de haut-fourneau, résume le désarroi de ses collègues : «Y a plus d’investissement, on se sent délaissés. Je vais me marier l’année prochaine, je viens d’acheter une maison, je me vois mal quitter la région où j’ai grandi… Et pour aller où ? A Dunkerque ou à Fos ? Ça ne fera que prolonger mon boulot de deux, trois ans. Pas plus. Maintenant, il faut penser reclassement, et dans la région, c’est pas gagné.»

Source liberation.fr

Par Cyril LAZARO - Publié dans : politique générale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Nombre de visiteurs

Nombre de pages vues

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés