Par Marie-Sandrine Sgherri
Les chambres régionales du surendettement social (CRESUS), fédération d'associations d'aide aux ménages surendettés, lancent un cri d'alarme à la veille de l'examen par l'Assemblée de la loi
Lagarde encadrant le crédit à la consommation . Selon elles, la loi va certes dans le bon sens, mais elle s'arrête au milieu du gué. Les banques se sont en effet opposées à la constitution
d'un "fichier positif", c'est-à-dire d'un fichier récapitulant non pas seulement les incidents de paiement, mais les crédits en cours des clients. Un tel fichier, consultable par les organismes
prêteurs, existe pourtant partout en Europe, et notamment en Allemagne... depuis 1928 ( !) S'il existait en France, il aurait évité à cette famille de contracter 70 crédits pour un encours total
de plus de 200.000 euros, un des nombreux exemples aberrants présentés par les associations lors d'une conférence de presse.
Une conduite irresponsable ? Voire ! Car selon le réseau CRESUS, beaucoup de ménages contractent des crédits revolving pour rembourser un premier emprunt, entrant ainsi dans une spirale
infernale, avec la bénédiction de leur banquier, le premier de leurs créanciers. Selon l'association, la crise fait du dossier du surendettement une véritable bombe à retardement. Pour preuve,
l'augmentation des cas : en 2009, 217.000 dossiers ont été déposés en commission de surendettement, 13,5 % de plus qu'en 2008. Chaque dossier comptabilise en moyenne 7 crédits, contre 4 en 2008.
Le bilan est désastreux pour les familles, mais il n'est pas brillant non plus pour les banques. Les pertes dues aux défaillances des ménages représentent en effet 1 % de l'encours total du
crédit à la consommation, soit un milliard d'euros. Les associations ne plaident donc pas pour une restriction du crédit, mais au contraire pour un accès mieux régulé et finalement plus
ouvert.
C'est le cas en Allemagne où, en moyenne, l'endettement par habitant est plus élevé qu'en France (18.500 euros contre seulement 15.200 euros), mais mieux réparti : 30 à 40 % des ménages n'ont pas
accès au crédit en France, alors que dans les autres pays européens, seuls 15 % en sont exclus. En France, le crédit se concentre sur les ménages apparemment solvables, autrement dit les classes
moyennes, notamment les fonctionnaires. À eux, le prêteur ne dit jamais non. Faute de vouloir savoir que, parfois, l'instituteur ou le magistrat à la retraite, pris à la gorge, sont en train de
solliciter leur dixième crédit.
Source lepoint.fr
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